08 décembre 2008 – John&Jehn ou la genèse d’un énième blog

Tapie dans mon coin et dégustant un délicieux chae tea latte, je bouquine assise sur une des banquettes du Café Charbon en attendant de pouvoir me risquer à l’extérieur, le temps de fumer une cigarette. Juste une. Il fait trop froid pour pouvoir se permettre plus, et puis c’est aussi pour le côté militant de la chose, question de prouver qu’ils auront beau s’acharner, je n’arrêterais pas ! De toute manière je suis condamnée à attendre encore une bonne vingtaine de minutes avant que le Nouveau Casino n’ouvre ses portes et que les premiers gens n’emplissent la salle. C’est ma stratégie du soir : arriver ni trop tôt ni trop tard et pouvoir me faufiler au sein de cette masse humaine et m’y fondre plus facilement, jusqu’à disparaitre presque totalement.

Je décide donc, pour prolonger le plaisir, de recommander du thé et de déguster une part de cheeescake, dont je garde un très bon souvenir depuis ma dernière visite (quand j’y réfléchis, c’était il y a 3 mois tout pile, la vie est drôlement bien faite !). « Nous avons revu la carte et le cheesecake n’y figure plus. De plus, nous ne servons de nourriture qu’à partir de 20h, avant ça les cuisiniers dînent » m’apprend la serveuse. Coup du sort ou ou malédiction ? Je ne m’attarde pas (plus) à essayer de savoir, il faut que je trouve autre chose, un « plan B » comme on dit dans les films d’espionnage. Un bref coup d’oeil vers l’extérieur. La promesse de l’enseigne « panini – crêpes » qui clignote de l’autre coté de la rue fera l’affaire.

Je m’apprête donc à demander l’addition, estimant que cette mascarade a assez duré et qu’il est temps de sortir militer quelques minutes, question de m’ouvrir un peu plus l’appétit. Je finis tout de même mon chapitre (on n’est plus à 3 minutes prêt) et commence à rassembler mes affaires. Au moment où je me mets à chercher désespérément un peu de monnaie, j’aperçois, s’engouffrant par la porte d’entrée, une silhouette qui m’est familière.

La stature, la taille, le couvre-chef, tout y est. Je reconnais John, la moitié masculine du duo John&Jehn (l’autre moitié étant, vous l’aurez compris, Jehn). Ce n’est guère étonnant. Vous pensiez sincèrement que j’avais naïvement choisi le café charbon pour leur chae tea latte et par nostalgie ? Ils se produisent au Nouveau Casino le même soir, il y avait fort à parier qu’ils y feraient un tour… Pari gagné !
John est suivi par celui qui doit vraisemblablement être Duke Garwood (chanteur blues), la première partie annoncée.

Depuis mon poste d’observation, je n’en rate pas une miette, contente d’avoir tardé un peu, et prête à m’attarder d’avantage. Je les voie fendre la masse des gens agglutinés au comptoir. c’est vrai qu’ici, c’est ce que j’appelle l’happy heure de pinte* : c’est 3 euros, mais c’est au comptoir. une manière comme une autre de différencier les pauvres des autres… /* pas sûre que ce « jeu de mot » (si on peut qualifier ça de jeu de mot) un peu tiré par les cheveux fasse tilt chez tout le monde : happy hour/heure de pointe/pinte (de bière)… l’inspiration, c’est comme les programmes télés : c’est loin d’être pertinent tous les jours, mais on prend ce qui vient…

Une fois cet obstacle humain surmonté, les deux compères rejoignent un groupe de personne assises à une table ronde au fond de la salle, derrière la caisse du fond. D’où je suis, je n’entends rien de ce qui s’y dit, mais si je comprends bien, ils font de brèves présentations, discutent quelques minutes, bla bla bla. John, debout entre Monsieur première partie et une femme, me tourne le dos, j’abandonne l’idée de croiser son regard (qui sait, il aurait pu le recroiser dans 1h30 au milieu de la foule des gens, tant pis). Je me console en me disant que ce n’est pas plus mal : j’observe les moindres détails de cette scène inespérée mais il ne le sait pas. Je n’arrive pas à décider si ce qu’il dégage vient plus de son teint pâle, de ses traits saillants ou du vert profond de ses yeux. En tout cas, pas de doutes, il a de l’allure.

Quelque chose manque néanmoins. Je jette un bref coup d’oeil au reste de la salle à la recherche d’une éventuelle Jehn. mais rien. Tant pis, je ne boude pas mon plaisir pour autant.

Un dernier échange de politesse, puis nos deux musiciens prennent congés. Ils s’éloignent de la table et se dirigent vers le fond du Café Charbon. je présume qu’ils vont sortir par la porte dérobée donnant sur le Nouveau Casino, ils disparaissent quelques instants puis réapparaissent. J’en conclus que la porte n’est pas ouverte. Ils font un signe au barman qui leur ouvre la porte située à gauche du bar. Je n’y avais jamais prêté attention, je sais désormais qu’elle communique également avec le Nouveau Casino. Le temps se suspend pendant encore quelques instants, puis je reviens sur terre. L’addition, j’en étais à l’addition. Il ne faudrait pas commencer à lambiner, j’ai un timing à respecter. Le serveur m’amène le ticket, j’ai même l’appoint (bon, les 10 derniers centimes seront en pièce de 1 centime, mais j’ai l’appoint). J’attrape toutes mes choses, mon ticket et ma monnaie et me dirige à la caisse située au fond, à l’endroit même ou John se tenait il y a encore quelques minutes, passe à côté de la table ronde et le serveur encaisse mes sous.
Contente, je quitte le Café Charbon qui est décidément une mine à souvenirs de toute sorte.

Mon quart d’heure milite écoulé, c’est l’heure du panini (arrosé de Coca pas light, pour le sucre et éviter le coup de barre pendant le concert).
Je finis ma canette devant la porte du Nouveau Casino en militant de plus belle. Je lève la tête un instant. Mais c’est qu’il y en aurait des gens, je vais même devoir attendre quelques minutes pour avoir une place ! (avec l’angoisse montante que la dernière soit vendue à la personne qui me précède). Finalement je suis vite rassurée une fois mon ticket en main.

J’entre et comme prévu m’avance doucement dans la foule, déjà dense. La première partie a commencé (faudrait songer à réajuster le timing). Duke Garwood joue un blues calme et planant dans une ambiance smocky. Ca se laisse écouter, ca se laisse écouter même très bien. Je m’aventure à suivre sur quelques mètres ceux qui ont l’audace de fendre la foule afin d’accéder aux premiers rangs, et ainsi gagne un peu de terrain, petit à petit. La première partie terminée, commence l’attente de début du concert.

Je me fais la plus discrète possible et parvient à capter des bribes de conversation çà et là. Un couple allemand à ma droite papote. La fille trouve que les personnes qui sont à l’étage sont bien placées, puis elle propose à son copain d’aller chercher des boissons, lui demande s’il veut l’accompagner, mais décide finalement qu’il l’attendra là. Un groupe d’ami, en cercle à ma gauche, discute à propos d’un certain « surfeur d’argent » ce qui fait pouffer bêtement l’un des garçons présent. « Le surfeur d’argent, et pourquoi pas le surfeur de bronze, ou le surfeur d’étain ». Face au manque de réaction de ses amis, il répète un peu plus fort et en gloussant « le surfeur d’étain ». Toujours aucune réaction. Contraint d’admettre que ses amis l’ignorent manifestement, il se tait, tout penaud. J’aurais fait pareil, j’aurais ignoré une blague aussi médiocre. Puis le brouhaha ambiant reprend le dessus, plus rien ne fait de sens, je relâche l’attention. De toute manière, les lumières s’éteignent, l’heure a sonné.

Je ne vous détaillerais pas le concert, d’autres personnes l’ont certainement mieux fait avant moi. Mais je suis contente de revoir John&Jehn sur scène après quelques occasions (malheureusement) manquées depuis leur prestation lorsqu’ils n’étaient que première partie des Kills en juillet dernier. La première impression live se confirme : il sont bons (la première impression CD étant elle déjà confirmée depuis un bout de temps).

Malgré quelques cordes de guitare (mais vocales aussi) cassées et un capo taquin, l’émotion est au rendez-vous. Ils sont aussi doués pour insuffler de la tension que lorsqu’il s’agit de faire retomber la pression (parfois même au sein d’un même morceau) ce qui confère à la prestation une multitude de pics d’intensité. On ne sait jamais ce qui va arriver, c’est captivant.

Ils sont beaux. La lumière fait deviner les formes de Jehn en transparence de sa robe blanche. Ils se regardent, se lancent des boutades, s’adressent au public. Elle nous confie, d’une voix enrayée, qu’elle a pris froid aux transmusicales de Rennes et suit un traitement tout ce qu’il y a de plus médical : une gorgée de whisky suivie d’une gorgée de thé (je veux le même médecin).

Surpris de la quantité de gens, ils nous confient timidement que le concert a failli être annulé de peur d’un nombre trop restreint de participant. Soyez rassurés, tant que votre musique réussira à nous toucher aussi profondément, les salles seront combles, et le public comblé.

Puis vient l’heure de la vraie dernière chanson (pas la fausse jouée en disant que c’est la dernière avant de faire un simulacre de rappel). La 2° ou 3° (je ne sais plus où j’en suis dans mes comptes) à être jouée en public pour la première fois. Puis tout s’arrête. Comme tous les bons concert, on sait pertinemment qu’il a duré aussi longtemps (voire plus) que les mauvais, mais ça n’est pas encore assez. On en voudrait plus. Il faudra attendre le prochain.

Entre temps, les lumières blafardes de la salle se rallument, les gens se dirigent vers la sortie, je les suis et me laisse porter pas ce flot. Dans la rue, je montre une nouvelle fois mon engagement militant tout en me rendant vers la station Ménilmontant. Les idées fusent, les moments marquant de ces dernières heures apparaissent sous forme de clichés figés dans ma tête.

Arrivée chez moi, j’allume mon ordinateur et commence à taper des mots, des phrases, puis ne peux plus m’arrêter, les paragraphes s’enchaînent les uns après les autres. Les moindres détails me reviennent, je dois fixer ça ailleurs que dans ma mémoire trop volatile. C’est décidé, demain j’achète un jeu de gommettes rouges et je retourne en coller une sur le coffre de la caisse à gauche de la place que j’occupais au Café Charbon, preuve que tout ça a bien eu lieu.
Et pour les quelques lignes que j’ai écrites, je me crée un blog et je les publie. Et tant pis s’il ne contient qu’un unique article médiocre que personne ne lira plus jamais. Il sera là, quelque part, perdu, insignifiant au milieu de tous ces blogs, mais il existera néanmoins.

Comme moi, il sera là, quelque part.

La suite à la prochaine gommette…

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Une réponse à 08 décembre 2008 – John&Jehn ou la genèse d’un énième blog

  1. Ping : 09 juin 2009 - John & Jehn @ La Maroquinerie « Gommettes, thé et rock’n'roll

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